| Comme dit le proverbe - en avril ne te découvre pas
d'un fil, en mai met ce qu'il te plaît - un mois de mai
coloré, salvateur, pimenté, innovateur, surprenant,
exotique, aux frontières du paranormal !
Pendant l'hiver, la femme se cache, elle hiberne presque, se
taille le corps, s'entretient, se fond dans la masse, se fait
oublier. Les plus âgées préparent leur famille
respective à la rude saison morte. Elles préparent
les fêtes de fin d'années, s'adonnent à la
cuisine, aux pâtisseries diverses, à la décoration
de la maison et du divin sapin, pour la joie des petits comme
des grands. Les plus jeunes, elles, camouflées et emmitouflées
sous plusieurs couches de pulls, frôlent les murs sombres
et attendent de remonter à la surface pour respirer. Elles
attendent, observent, préparent le redoutable plan que
tous les garçons célibataires attendent de pied
ferme. Un beau matin, les irréductibles passent le seuil
de leur maison. La rivière chante, les rayons du soleil
transpercent les feuilles et s'écrasent sur le bitume chaud.
L'odeur des pelouses fraîchement tondues se mélange
au vent.
La femme est arrivée. Elle est là, nouvelle, exquise,
prête à dévoiler ses charmes. Le plus bourru
des évêques, bercé entre traditionalisme et
puritanisme, nous ferait sans doute à genou le signe de
croix. Dans les rues moites, les regards obliques s'amplifient,
les yeux s'enflamment, les sifflements résonnent. Telle
une nouvelle cuvée, l'hiver l'a bonifiée, fortifiée,
embellie. Les amateurs sont présents au rendez-vous, penchés
grossièrement avec leur verre aux cuves encore en marche.
Certaines arrivent par le premier train tandis que d'autres repartent
avec un billet aller simple à la main. Comme une dernière
représentation, un spectacle, une oeuvre théâtrale,
un opéra de Mozart, elles disparaissent sous un concert
d'applaudissement et de reconnaissance. Comme les saisons, comme
la vie, le vent se lève, le sable monte au ciel, la nuit
jeune se construit, tel un tournant, tel un cycle. Comme une eau
profonde dont on ne connaît pas les remous, chaque hiver
la question est la même - de quoi sera fait ce fameux mois
de mai ?
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