Rap, hip-hop II
L'interview de Sharp

Aaron Goodstone plus connu sous le nom de Sharp, a fait ses premières armes dans le "Spanish Harlem" à New-York. Référencé dans le milieu du Hip-Hop comme l’un des artistes les plus aiguisé de sa génération, Sharp a beaucoup voyagé et beaucoup exposé. Il a été l’un des premiers graffeurs à avoir pénétré les circuits traditionnels du monde de l’art. Il a exposé ses œuvres au musée national des monuments français à Paris, au musée national de la science et des techniques "Leonardo da Vinci" à Milan. Ses travaux font par ailleurs partie de la collection permanente du musée de la ville de New York. Ce graffeur new-yorkais "historique" conçoit des œuvres à la fois abstraites et symboliques animées par de nombreux sujets, tels que les Indiens américains ou les religions.

Nous avons pus le rencontrer au vernissage de Jamel Shabbaz pour lequel il est manager, nous lui avons donné rendez-vous au concert de DJ Medhi (idéal J) afin de pouvoir procéder à son interview. Il est arrivé décontracté, sourire aux lèvres en nous annonçant qu’il avait médité sur certaines de nos questions que nous lui avions fournies par écrit auparavant. L’interview à lieu dans les loges de DJ Medhi, il s’installe sur le canapé, fixe le micro puis la discussion s’entame.

Considère-tu le Graf comme un moyen de communication?
Il faut savoir avant tout chose, que l’écriture sur les murs à l’aide d’une bombe de peinture est comparable aux hiéroglyphes au travers desquels nous avons pus découvrir une culture, un savoir et des modes de vie. Je ne dis pas que le Graf s’est inspiré de cette forme d’expression mais que cela reste tout simplement similaire dans la manière d’effectuer ces actes. Cependant même s’il représente un langage parfois codé, le Graf a toujours été et restera toujours une forme de communication,

Qu’est ce qui influence ton travail?
Plusieurs artistes de toutes disciplines, à l’exception de la country music, je suis musicalement éclectique et influencé par différents styles musicaux notamment le rap, mais aussi Aznavour, Brel, le rock, la musique classique. Dans mon art je suis principalement influencé par des émotions générées par d’autres courants artistiques.

Le hip-hop est né dans le ghetto, doit-il y rester?
Si le hip-hop, ou quelque qu’en soit son dérivé, reste dans le milieu où il a prit naissance, cela ne servirait à rien, car il doit y avoir une évolution dans la créativité. Pour évoluer, tu es obligé de quitter ton nid, un bébé ne restera jamais éternellement dans son berceau, il doit grandir! C’est la même chose pour notre art, il est impossible d’évoluer d’un point de vue culturel, artistique ou tout simplement vital si tu ne fais pas l’effort de t’ouvrir au monde ou à la société dans laquelle tu vis.
De part ma popularité, je me rends compte que si je n’avais pas quitté mon quartier et cela grâce à mon art, je serais totalement limité à différents niveaux. Mes différentes expériences à travers les pays que j’ai pu visiter m’ont permis d’apprendre beaucoup de choses notamment à parler différentes langues, cela m’a permis de changer complètement d’état d’esprit, car quand tu grandis dans un quartier comme le mien où il règne une certaine tension, la drogue et l’agressivité des personnes que tu peux y rencontrer, si tu te formate à ce milieu et que tu ne te prends pas toi-même en charge, l’engrenage de ce système se chargera de toi…

Comment peut-tu expliquer que l’on puisse graffer sur des trains ou dans des endroits publics en toute illégalité?
Je ne donnerais pas mon opinion là-dessus… (j’insiste un peu sur la question, il prend un temps de réflexion puis décide de me répondre.)
L’illégalité catégorise notre mouvement en décalage vis à vis des autres courants artistiques, c’est d’ailleurs le seul mouvement artistique au monde à demeurer illégal d’une certaine manière. On peut dire que c’est justement l’illégalité qui va créer la créativité chez l’artiste grapheur, car il existe une certaine compétition dans ce milieu. En effet, la popularité vient à celui qui s’exprimera dans l’endroit le plus stratégique et le plus risqué.

Comprends-tu que la notion de violence soit souvent associée avec le hip-hop?
Il est impensable de conditionner la notion de violence dans un domaine précis, car il existe des gens violent dans toutes les cultures. Dans certains états aux USA, il existe des armureries dans lesquelles la vente est totalement libre et soumise à aucun contrôle, la violence naît d’une addition d’événements qui la favorisent. Maintenant, si tu vis dans une société ou un milieu qui favorise la violence, celle-ci peut avoir lieu sous différentes formes (verbale, physique…) mais les sociétés ne sont pas toutes identiques donc chacun peut interpréter la violence comme il l’entend…

Harlem est un des quartiers culte de la période fondatrice du rap "old school", où se trouvait le fameux club…
Harlem world! J’étais très jeune, mais j’en ai encore des souvenirs… Je ne pouvais pas y rentrer, mais j’ai pus assister à des concerts de rue, notamment celui de Grand Master Flash! Harlem world, à cette période, à New York, ce n’était vraiment pas conseillé de s’y rendre, parce que si tu n’étais pas Noir, que tu n’étais pas du quartier, ou que tu étais juste de passage, tu te faisais massacrer… il y avait trop de haine, les Dominicains et les Portoricains étaient dans leur coin et les Blacks dans le leur. Je ne suis pas pour le truc des séparations raciales mais il faut savoir que c’est quelque chose qui existe depuis toujours dans les prisons, entre les Hispaniques, les Noirs et les Blancs, ce n’est pas "peace and love"! C’était un peu comme ça à cette époque, Harlem world existait et on y passait beaucoup de rap.

Le mot de la fin…
Le message le plus important qu’un artiste puisse donner au monde, c’est la motivation, c’est de vouloir être qui l’on a envie d’être…c’est encore plus criant quand tu parle d’un mec comme Chuck D. Krs one, John Lenon, Jimmy Hendrix… et tous ces mecs qui ne veulent pas être formatés dans le système, qui ont construit leur propre identité… de là, naissent des degrés d’influence diverses qui ont réussis à faire effectivement évoluer les choses, et ça, c’est énorme!!!


Signé: Said Bourahla