| Dans
très exactement deux cents soixante dix-sept jours, la
flamme Olympique brillera de mille feux pour la vingt-huitième
édition. Un retour aux sources dans cette splendide Grèce,
pays d’accueil des tous premiers Jeux, mais qui n’est
pas sans remuer quelque poussière. Malgré les folles
rumeurs qui courent sur les pistes encore en construction, Athènes
semble rester sereine sous son soleil de plomb. Pourtant, au-delà
de ce calme apparent, des préoccupations, des retards et
des budgets dépassés demeurent. ‘The show
must go on, coûte que coûte’, assurait Gianna
Angelopoulos-Daskalaki, présidente du comité d’organisation
des Jeux (ATHOC). Et on comprend aisément cette envie lorsqu’on
sait la foule immense [environ quatre millions de spectateurs
estimés pour l’été 2004] que les dieux
du sport sont capables de faire déplacer.
Mais ces dieux, eux, pourquoi se déplacent-ils ? Pour
les beaux yeux d’un public qui peut, en une seule et parfaite
ola, rendre mythique un vainqueur à jamais, ou avant tout
pour les reflets d’une médaille dorée ?
Dans les Jeux Olympiques, tout le monde le sait, il n’y
a pas beaucoup de colliers. Trois seulement sont décernés
dans chaque discipline, rendant plus dures encore leur acquisition
et la consécration suprême.
Dire que le bronze ferait presque oublier qu’on vient d’échapper
de peu à la fameuse quatrième place, celle du plus
triste des perdants, est un euphémisme. A partir du moment
où l’on monte les marches d’un podium, on ne
songe plus qu’à une chose, la marche qu’il
y a au-dessus. L’argent n’est donc guère plus
réconfortant parce qu’on se dit finalement qu’on
se trouve à une poignée de pépites de la
marche du dessus et on ne se rend pas vraiment compte qu’on
a quand même mieux que le troisième.
Dans le fond, la quête de l’or, à l’instar
des chercheurs du siècle passé, donne aux Jeux Olympiques
une dimension toute particulière; nous ne possédons
pas ce que le vainqueur gagne, mais quelque part, nous le partageons.
Car dans cette escalade au sommet du podium, les athlètes
se surpassent et offrent ce qu’il y a de meilleur en eux.
Que demander de plus quand on est ce spectateur avide de sensationnel,
d’outsider inattendu ou de record battu, et pour qui la
matière n’a que peu d’importance, à
côté du spectacle ?
En revanche, pour ces potentiels vainqueurs ou ces dieux qui
ont foulé presque autant de fois les podiums que les terrains
de sports, l’effort surhumain qu’ils fournissent n’a
qu’une récompense ; la gloire et accessoirement la
médaille qui va avec. Ou peut-être est-ce l’inverse
et c’est la médaille qui offre la gloire qui va avec.
Toujours est-il qu’aujourd’hui, devant les terrains
encore inachevés où les prochains enjeux se joueront,
la course aux médailles s’est transformée
en véritable course contre la montre. Nos dieux sportifs
seront-ils plus inquiets quant aux surfaces qui leur seront offertes
que quant à leur performance ?
Réponse le 13 Août 2004… |