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Or, fascinant métal qui éblouit l’homme
depuis la nuit des temps, ou presque. Or qui nous pousse à
toutes les exactions pour avoir le privilège d’en
posséder un tant soit peu. Or, encore, qui éveille
en nous nombre de fantasmes qui resteront pour la plupart à
jamais inassouvis. Or, enfin, symbole de richesse, de puissance
et de bonheur. Mais qu’est-ce donc qui l’a rendu si
précieux à nos yeux ? Qui a rendu l’homo sapiens
sapiens totalement fou ? Pourquoi un tel engouement pour ce métal
finalement pas tellement plus brillant qu’un autre ?
Il faut remonter jusqu’au temps des pharaons pour voir
se développer une attirance pour l’or. En effet,
à partir de 2000 ans av. J-C, les Egyptiens commencèrent
à exploiter les premières mines, extrayant jusqu’à
une tonne par an. Mais cet or, à cause de la forte connotation
religieuse que les hommes du Nil lui conféraient, était
strictement réservé à la fabrication d’objets
funéraire du Royaume. Avec le temps, on l’a aussi
utilisé comme valeur de transaction.
Au Pérou, c’est à partir de 1200 ans av.
J-C que l’on a commencé à récolter
de l’or, d’une pureté extraordinaire, dans
le lit des rivières. Il servait, une fois coupé
en fines tranches et réduit en poudre, à la décoration
et à la dorure d’objets et de murs. Avec l’invasion
inca, il a pris un caractère religieux majeur, associé
au dieu du soleil. C’est ainsi que la capitale s’est
retrouvée complètement recouverte du métal.
C’est avec Christophe Colomb que l’aventure de la
ruée vers l’or en Amérique commence, quoique
infructueuse. Les conquistadores se chargeront donc de réussir
là où l’inventeur de l’Amérique
échoua : ils découvrirent les mines, et, grâce
à de nombreux vols et massacres, parvinrent à enrichir
toute l’Espagne, dont le roi à qui revenait 1/5 du
butin. Cet or était principalement fondu, avant de devenir
la matière première à la monnaie, créant
ainsi une inflation.
Mais les 330 tonnes par an d’or exploités jusqu’au
XVIe siècle ne rivalisaient pas avec l’abondance
de l’argent. D’autant plus qu’en 1550, une méthode
chimique permet une extraction beaucoup plus rapide, évitant
le concassage et le raffinage, par ajout de mercure, de sel et
de sulfate de cuivre. Mais exploiter des mines, que ce soit d’or
ou d’argent, est très coûteux. C’est
pourquoi on va chercher une main d’œuvre bon marché
: les esclaves venus en masse d’Afrique. C’est ainsi
que l’or se propage dans toute l’Europe, donnant naissance
à de nouvelles monnaies et à de nouveaux systèmes
monétaires.
Pour la petite histoire, le dollar américain trouve son
origine dans la fusion des noms du douro espagnol et du thaler
allemand. C’est Charles Quint, en 1537, qui a opéré
l’alignement de ces deux monnaies, donnant naissance au
« dolera », futur dollar.
Tout portait à croire que cette recrudescence de nouvelles
monnaies en or allait être porteuse de bienfaits. C’est
plutôt le contraire qui s’est passé puisqu’une
sévère inflation ne tarda pas à menacer l’Europe.
La découverte de mines sur le Vieux Continent et en Afrique
a également participé à la hausse des prix.
Ce qui a fini par contaminer les prix de biens courants, tels
le pain, alors que le niveau de vie restait identique, modifiant
ainsi la vie économique, l’architecture et même
l’art.
Au XVIe siècle, on découvre de nombreuses mines
au Brésil, ce qui porte le Portugal au rang suprême
de premier producteur au monde. Mais ce ne sera pas suffisant
pour déloger l’argent de son statut de monnaie privilégiée,
car plus avantageuse et plus populaire. Ce n’est qu’au
XXe siècle que l’or deviendra étalon mondial.
Et qui dit or, dit aussi « ruée vers l’or
». Nous l’avons vu, Christophe Colomb voyageait déjà
dans le but de trouver de l’or. Mais c’est surtout
à partir du XIXe siècle que les aventuriers en mal
de richesse se mirent à la recherche de l’El Dorado,
pays prometteur de grande richesse. En 1848, c’est au tour
de la Californie d’être envahie de chercheurs d’or,
venus du monde entier. Puis celui du Nevada, du Colorado et de
l’Alaska. Mais la Russie d’Asie, l’Australie
et l’Afrique du Sud ne sont pas en reste de mines, et nombres
d’explorateurs y ont pu s’enrichir, sortant ces pays
du sous-développement.
On l’aura compris, le métal à l’éclat
du soleil est roi dans son domaine. Il est le plus rare, le plus
cher, le plus beau ; on ne compte plus tous les superlatifs qui
lui sont attribués. Mais qu’est-ce qui en fait la
réelle beauté ? Sa nature ancestrale, le symbolisme
qui y est rattaché depuis la nuit des temps ? Nul ne le
peut dire exactement. D’autant que cette beauté les
rend dangereux. Motif de rivalités, de conflits, de meurtres,
l’or est une petite bombe à retardement. Qui ne ferait
pas n’importe quoi pour prendre un bain d’or, pour
plonger dans le coffre-fort de Picsou ? Les produits de luxe sont
comme l’alcool : à consommer avec modération
… Et que l’admiration ne tourne pas à l’obsession. |