| Deux ans au Chiapas, le rêve mexicain s'est réalisé.
J'ai vécu au milieu de magnifiques montagnes vertes densément
peuplées par des indigènes chaleureux. Je suis de
retour mais mes pensées restent imprégnées
des odeurs du Chiapas.
Pour combler mon rêve de connaître d'autres horizons,
le département missionnaire m'a proposé de travailler
avec leur partenaire mexicain qui avait besoin d'une enseignante
pour la formation d'adultes. Je suis donc partie avec dans mes
poches, mes 23 ans de vie dont une formation de trois ans à
l'école normale et le privilège de parler espagnol.
J'ai travaillé essentiellement avec les indiens de l'ethnie
Tsotsile de district de Chenalhó au Chiapas. Il faut vous
imaginer un paysage chaotique, montagneux, surpeuplé et
surexploité. La majorité des habitants vivent de
2 hectares de terre: c'est peu pour une famille de 10. Les paysans
cultivent principalement du maïs, des fèves et du
café sur leur petit lopin. Tout le travail se fait à
la main. Leurs outils de travail sont la machette et le rabelais.
Pour profiter de la fraîcheur, les hommes partent travailler
au champ, à pied, à 5h00 du matin et reviennent
à la maison vers 14h00. Pendant ce temps les femmes ont
préparé les galettes de maïs, fait la lessive,
brodé une jupe et cuisiné. Elles lavent le linge
à la rivière et bien entendu elles cuisinent au
feu de bois.
Les déplacements se font à pied, à dos de
mules ou en camion lorsqu'il y en a et surtout lorsqu'il y a de
l'argent.
Les promoteurs d'éducation que j'appuyais sont, avant
tout, des paysans et des papas qui doivent subvenir péniblement
aux besoins de leur famille. A côté de leur travail
d'agriculteur, ils se forment pour devenir les suppléants
des instituteurs absents. Mon travail était d'accompagner
ces promoteurs d'éducation lorsqu'ils enseignaient. Nous
organisions ensemble des cours sur des notions pédagogiques
et méthodologiques qui les intéressaient.
Imaginez une jeune fille de 23 ans qui arrive dans ces petits
villages du Chiapas avec ses idées, avec ses théories
de la vie du Nord et avec beaucoup de volonté pour "changer
le monde"…. Après une semaine sur place…
le désespoir m'envahit… je réalise, enfin,
que toutes ces idées, toutes ces manières de faire
et ma formation ne me servent que très peu.
Aïe… difficile de laisser de côté toutes
ces belles conceptions de la vie et surtout celle de "changer
le monde". C'est le premier choc que j'ai dû affronter.
J'ai dû changer d'optique: voir le côté positif
des choses, patienter, échanger, écouter et dialoguer
avec l'autre et avec Dieu.
Ces éléments ne sont pas toujours valorisés
dans nos pays du Nord mais restent très importants au Sud.
J'ai réalisé que mon confort physique et spirituel
n'était pas la seule chose importante sur cette terre.
Il faut réussir à le partager. Le fait d'aller voir
ailleurs a changé ma façon de voir les choses.
Un indien mexicain me disait souvent: "l'éducation
est importante car elle permet à notre pensée de
croître". Ces paroles m'ont touché et m'ont
fait réfléchir… Il est difficile de bien faire
du "développement" tout en respectant la culture
de l'autre. La collaboration avec mes collègues mexicains
n'a pas été tâche facile, il s'est pourtant
créé un réel échange! Rester curieux
et continuer d'apprendre, telle était la devise des promoteurs
d'éducation que j'appuyais.
Ma collaboration de deux ans au Mexique m'a permis de découvrir
la culture des indiens Tsotsils que je fréquentais quotidiennement.
D'un autre côté, ils tentaient d'appliquer ma constance,
ma rigueur et mon sens de l'organisation. Je reste tout de même
convaincue d'en avoir appris beaucoup plus d'eux qu'eux de moi.
Merci à toutes les personnes qui m'ont soutenue spirituellement
et financièrement. Merci aussi aux indigènes Tsotsils
qui ont eu la patience de m'écouter.
Je me souviens encore des grands sourires des enfants qui m'accueillaient
toutes les semaines à mon arrivée dans les villages,
je vous laisse les imaginer.
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