| Voyageant plus d’un mois en octobre sur les routes et
sur les rails du pays des trèfles, j’ai eu la chance
de découvrir un pays contrasté. Après quelques
jours de pluie fine mais glacée, j’errais dans les
fameux brouillards du Connemara. Bien que le spectacle qui s’offrait
à moi était grandiose, vous conviendrez aisément
que ce n’est pas là, un décor de rêve
pour mes vacances tant attendues. Il est vrai que la vision de
mon corps enduit de crème solaire et étendu sur
une plage antillaise, me jetait un froid qui n’arrangeait
rien à la température ambiante !
Quoi de plus naturel, dès lors, que de pousser les portes
accueillantes des fameux "Irish pubs" afin de se réchauffer,
mais avant tout, bien sûr, de découvrir un des lieux
mythiques de la culture irlandaise. N’est-il pas conseillé
dans tous les guides touristiques de passer ne serait-ce qu’une
soirée accoudé au bar et déguster la fameuse
stout noire ? Quel plaisir de tremper les lèvres dans cette
onctueuse mousse sur laquelle les barmans les plus habiles dessinent
parfois un trèfle.
C’est à Galway, sur la côte ouest de l’Irlande
que je découvrais enfin l’atmosphère houblonnée
de ce lieu saint. Dès lors, je saisis le contraste incroyable
entre le climat irlandais et la chaleur de ses pubs. Un esprit
et une convivialité qui éclipse sans difficulté
la discrétion du soleil. Et quel plaisir d’écouter
les accordéons, violons, guitares et autres flûtes
qui se baladent de pubs en pubs et font chanter les buveurs d’orge.
J’y ai toujours reçu un bon accueil et la discussion
a toujours paru facile; rien à voir avec la tristesse des
lieux publics suisses.
J’ai pu le constater une nouvelle fois lors d’un
match de football, joué dans le mythique Landsdowne Road
de Dublin. Les Irlandais sont des supporters inconditionnels.
On m’avait parlé de leur légendaire ferveur,
je n’ai pas été déçu. Et par
bonheur, j’ai assisté, moi, grand patriote sportif,
à l’historique victoire de l’équipe
de Suisse (1-2). Après nonante minutes de chants et d’encouragements,
ces infatigables et conquérants joueurs, partisans du "fighting
spirit" ont du s’avouer vaincu. Etant un habitué
des stades en Europe et en Suisse, j’ai craint un instant
la réaction de ce public si passionné. Comme à
Marseille et Paris, comme à Milan, à Munich, à
Bâle, où mes yeux constataient que passion rime trop
souvent avec violence.
Et bien non ! Quelle fut ma surprise lorsque les premiers supporters
croisés à la sortie du stade, m’ont accueilli
à bras ouverts, voulant absolument féliciter les
rouges et blancs pour leur magnifique victoire et les remercier
de leur visite en Irlande. Des valeurs et un fair-play que la
plupart des fans dans le monde ont perdu depuis longtemps. Heureusement
pas tous. Le plaisir de partager un verre avec l’adversaire
après le match devrait être naturel. Hors, ces troisièmes
mi-temps amicales ne sont pas légion en Suisse ou ailleurs.
Je félicite et j’encourage ses fervents adeptes.
Alors, oui, peut-être bien que ma peau serait plus bronzée
de retour d’un quelconque voyage au soleil, mais entre l’hospitalité,
la chaleur irlandaise et le regard cupide et froid d’un
employé de club de vacances dans les mers du sud, j’ai
choisi. Et vous ?
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