Le Cameroun...

Un jour m’est venu l’idée, pour combler la deuxième partie de mon année sabbatique, de partir en Afrique ou dans une autre de ces contrées que l’on qualifie communément de "sous-développées". Certes, cette envie profonde me tiraillait depuis un long moment déjà, mais, à ce moment-là, je ressentais un besoin presque vital de partir. J’étais évidemment persuadée que me plonger dans une autre réalité pourrait m’être salvateur. En effet, je rentrais de trois mois en Irlande et ce retour me fut très pénible, étant donné que je me suis retrouvée totalement sans la moindre occupation et loin de tout ce qui avait intensément rempli ma vie durant ces trois mois, J’ai donc trouvé là le bon moment pour concrétiser ce rêve, logé en moi depuis si longtemps, de partir en Afrique.

Malheureusement pour mes projets, il ne m’a pas été possible de partir l’hiver dernier. Je me suis donc trouvé un travail (expérience merveilleuse, qui m’a peut-être même mieux soignée de mon mal de vivre en Suisse que l’Afrique ne l’eût fait), j’ai passé d’excellentes vacances d’été, et me voilà partie pour le Cameroun.
Cameroun tant attendu, tant rêvé, tant idéalisé.

A l’arrivée à l’aéroport, mon cœur fait trembler tout mon corps. Ca y est, cette fois j’y suis. Et toute une foule de questions me traverse l’esprit : est-ce vraiment ce que je voulais, n’était-ce pas plutôt un caprice de jeune fille issue d‘un milieu capitaliste, n’ai-je pas tout simplement suivi cette mode bien de chez nous qui pousse tant de jeunes à "faire de l’humanitaire", qu’est-ce que cela signifie, faire de l’humanitaire, et, finalement, que suis-je venue faire ici ? ...

Autant dire que je n’ai qu’une envie, rentrer chez moi, vers tout ce que j’ai quitté. Mais ma curiosité, mon envie de connaître ce monde fascinant m’oblige à suivre Gauss et son père venus me chercher à mon atterrissage. Les premières minutes, les premières visions de ce Cameroun me font penser à l’Inde. Cette ressemblance, pourtant complémentaire, avec une totale différence entre les deux pays, me poursuivra tout au long de mon séjour. Lorsque je regarde par la fenêtre de la vieille Toyota (la même qu’environ les trois quarts de la population !), je vois des gens partout, des voitures, des buvettes, des maisons qui ne supporteraient pas un coup de vent un peu trop fort, des marchands dont les étals sont à même le sol… J’aime déjà ce Cameroun. Il est exactement comme je l’avais imaginé, comme on me l’avait décrit. Mais je découvrirai plus tard qu’il est bien plus que ça.

Car l’Afrique, ce n’est pas seulement les idées préconçues qui circulent dans notre cher Occident. Idées qui ne sont finalement pas trop fausses, je l’avoue. Mais l’Afrique ne se raconte pas sans l’avoir vécue. Il faut la côtoyer pour l’appréhender et pour pouvoir prétendre la comprendre. C’est ce que j’ai fait pendant deux semaines. D’abord partie pour faire de l’humanitaire, je me suis finalement retrouvée à faire de l’anthropologie, et je ne m’en plains pas. J’ai vécu ce que fort peu de touristes ont l’occasion de vivre. Une demande en mariage, faite non pas par le prétendant mais par son frère, et qui a mis plusieurs heures pour enfin aboutir à un consentement... de réflexion sur la question, autant dire que le mariage n’est pas prêt d’avoir lieu ! Une cérémonie traditionnelle en l’honneur des jumeaux, en présence de tout le quartier et de son chef, avec danse, musique et festin (si au moins la pluie n’était pas venue gâcher la fête). La récolte des arachides et du maïs. Mais surtout, j’ai vécu avec les gens, j’ai été imprégnée, touchée par leur incroyable gentillesse, leur générosité, leur ouverture d’esprit. J’ai également pu me rendre compte de l’état assez désastreux du pays : une situation sociale des plus exécrables (si tu n’as pas d’argent, tu crèves, ce n’est pas plus compliqué) et une situation politique encore pire (la corruption est partout et touche tout le monde) dans lesquelles les gens se sont finalement confinés avec résignation et dont ils plaisantent sans cesse. Mais ce que je retiens de l’Afrique, c’est la bonne humeur, la joie de vivre, le bonheur et le sourire des gens.

Je fais le voeu que jamais ils ne les perdent...


Signé: Celia Chauvy