| Le Festival du Cinéma au Féminin a eu lieu cette
année pour la première fois à Bordeaux du
23 au 29 septembre dernier. Cette ville a décidé
de recevoir des femmes venues d’horizons différents
pour présenter leurs films, défendre leur cinéma
et parler d’elles. Tâche bien difficile me direz-vous,
mais quelle chance de pouvoir le faire dans les conditions d’un
festival qui leur est réservé, à travers
des films qu’elles ont fait ou auxquels elles ont participé
et surtout devant un public cinéphile. Pendant une semaine
entière on a pu y découvrir des courts-métrages,
des longs-métrages, des films documentaires, des films
inédits et même des films venus du Québec
parce que ville jumelle de Bordeaux. Quel programme varié
! Comment tout voir ? Comment parler de tout ? Il faut faire des
choix, évidemment, même si ce n’est pas évident.
Alors ici on a tranché en faveur des courts-métrages
parce qu’on ne parle pas souvent de courts-métrages
et à Bordeaux justement, il y en avait de très beaux.
Pour commencer, "La coupure". Un des films les plus
marquant de la sélection. Nathalie Loubeyre, la réalisatrice,
y tisse le portrait d’une femme obligée de travailler
comme caissière dans un supermarché, à des
kilomètres de chez elle, pour subvenir à ses besoins
et à ceux de son fils.
Le film dure le temps de la pause de cette femme. Elle ne peut
pas rentrer chez elle car elle vit trop loin. Du coup, elle téléphone
à son fils une dizaine de fois pour savoir comment il va.
On découvre, à travers leurs discussions, qu’il
cause bien des soucis à sa maman. Il tourne mal et elle
ne sait pas comment l’aider sauf peut-être en lui
donnant tout ce qu’elle possède c’est à
dire elle-même. Jamais celle-ci ne baisse les bras, elle
vit pour lui et ne l’abandonnera pas. Ce fils, n’est
jamais présent à l’écran mais il est
pourtant le moteur du film. Le spectateur le connaît sans
jamais l’avoir vu. C’est à travers Sonia que
nous le percevons et il nous est alors très familier.
Il ne sera jamais question du père, grand absent de sa
vie. Peut-être un homme de passage qui ne sait même
pas qu’il a eu un fils ou alors un homme qui n’a pas
su ou pas voulu s’occuper d’eux. En tous les cas,
Sonia se débrouille seule, tant bien que mal, pour que
son fils ait une vie digne de ce nom. Tous les hommes qu’elle
rencontre ne peuvent pas rester car on comprend qu’elle
n’a pas d’amour à donner à quelqu’un
d’autre. C’est triste mais c’est ainsi. L’amour
d’une mère n’a pas de prix. Une seule fois
elle rencontrera un homme d’une rare générosité
et elle tentera de s’abandonner à lui mais c’est
lui qui, par pudeur et respect pour cette femme, refuse tout rapport.
Cette scène est très douce et très émouvante,
un réel bonheur. Tout comme le reste du film d’ailleurs.
Pas un instant d’ennui, on est pris dans l’histoire
dès la première seconde et on la traverse avec Sonia,
on l’écoute, on est ému et on l’aime.
Sonia, qu’Agnès Sourdillon interprète tellement
bien. Un jeu si vrai, si pur et si beau qu’Agnès
et Sonia forment une seule et même personne. La vie de Sonia
devient celle d’Agnès dans les moindres détails,
c’est ça être une bonne comédienne.
Elle n’a de leçon à recevoir de personne,
mais elle a, au contraire, à en donner. Un grand bravo
et un grand merci à elle.
Vous l’aurez compris, ce film est à voir absolument.
Et puis il y a eu "Comment tu t’appelles?" d’Iliana
Lolic. Un autre style, un autre univers où il est toujours
question d’amour. De manière plus désinvolte
et plus joviale, mais d’amour quand même.
Iliana Lolic nous raconte les amours d’Ana, une jeune femme
qui court d’échecs en échecs. Elle s’interroge.
Pourquoi "les hommes qu’elle aime se révèlent,
immanquablement, avoir de terribles travers?" Phrase qu’Iliana
Lolic utilise dans sa synopsis. Les hommes qu’Ana aime ne
sont pas parfaits certes, mais la vraie question est : pourquoi
et comment Ana choisit-elle les hommes?
La réponse est simple, Ana ne choisit pas. Elle ne sait
pas dire non et elle se laisse emporter par la magie du moment.
Elle ne réfléchit pas, elle agit d’abord.
C’est ainsi pour tout. Par exemple, elle donne rendez-vous
à un ex copain dans un restaurant pour savoir ce qu’il
est devenu et juste avant d’y aller, elle se demande pourquoi
elle a fait ça ! Et puis dans ce fameux restaurant elle
se lève au milieu du repas pour suivre un inconnu. Ana
est terriblement impulsive. Du coup ses relations amoureuses sont
vouées à l’échec. Elle quitte les hommes
pour les mêmes raisons qu’elle les aborde, avec autant
d’impulsion. Elle dit que ce qu’elle sait faire de
mieux c’est quitter les hommes. Mais en même temps
ce qu’elle sait également très bien faire
c’est se mettre avec eux. Tout n’est qu’un éternel
recommencement.
Cette histoire est bien écrite et bien filmée.
Le sujet est sensible et difficile mais traité sur le ton
de la comédie. Iliana Lolic est douée pour ça
et c’est pour cette raison que ce film est beau et que nous
l’avons tant aimé.
Un troisième film a retenu toute notre attention, "Good
luck Mr. Grosky" de Félicie Dutertre et François
Rabes. Cette petite comédie est un vrai régal. De
façon totalement différente on parle à nouveau
d’amour.
Un journaliste français demande à Neil Armstrong
pourquoi le jour où il a posé le pied sur la lune
il a prononcé la phrase suivante : "Good luck Mr.
Grosky". La réponse est donnée par un incroyable
flash-back. Neil Armstrong enfant jouait avec ses amis au base-ball
devant la maison de Mr. Grosky. La balle se trouva un jour projetée
près de la fenêtre de Mr. Grosky. Quand le petit
Armstrong alla la chercher il surprit une conversation entre Mr.
Grosky et sa jeune épouse. Essuyant un refus à ses
avances, Mr. Grosky demanda à sa femme quand celle-ci accepterait
à nouveau de faire l’amour avec lui. Sa femme lui
répondit alors ces mots : "Dès que le petit
Armstrong aura marché sur la lune!" Et c’est
encore plus drôle en voyant le film.
Il a donc beaucoup été question d’amour à
Bordeaux et c’est tant mieux parce que dans le fond, que
serions-nous sans amour ?
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