Tableau enneigé pour une femme caractère

Rencontre d'une femme pas comme les autres.

Votre tableau "La neige" est le seul de l'exposition qui représente l'hiver, pourquoi?
C'est parce que le printemps et l'été m'inspirent plus. Pas de raison particulière, ce sont les couleurs du printemps, à la campagne, ces couleurs fantastiques, alors je rentre à la maison et je peins. J'aime les couleurs et c'est ça qui m'inspire dans mes tableaux. J'aime l'hiver quand la neige cesse de tomber et que le soleil reparaît et que je vois voit ces ombres des arbres bleutées sur la neige, c'est splendide, c'est magnifique. Et j'ai toujours dans la tête d'en faire un grand, un très grand tableau avec ces ombres violettes et beaucoup de soleil. Et toujours avec beaucoup de couleurs, c'est ça qui m'inspire, c'est extraordinaire les ombres sur la neige. Par contre s'il y a de la pluie, le vent, la bise, je reste à la maison.

Quand l'avez-vous peint?
Je l'ai peint il y a 3 ans, je me baladais quand la neige était déjà tombée. J'ai pris la voiture et j'ai fait un tour dans la campagne genevoise et j'ai vu ce coin, cette barrière à demi fracassée et cette allée et je suis rentrée et je l'ai fait. J'ai mis je ne sais pas combien de temps pour mettre sur la toile les couleurs que j'avais vues, les couleurs me restent dans la tête, il fallait redonner cette impression de sérénité.

En combien de temps l'avez-vous peint?
Il y a 2-3 couleurs qui prédominent, ce n'est pas un grand mélange. Ca dépend des tableaux, ça dépend ce qu'on ressent au moment de prendre le pinceau. Quelques fois je mets une toile de côté pendant 3-4 jours et puis je la reprends.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de le peindre?
C'était très beau, j'ai arrêté la voiture et j'ai regardé les ombres sur la neige blanche. C'était magnifique. Et puis les arbres n'avaient pas encore perdu leurs feuilles, avec leurs couleurs d'automne, ça m'a beaucoup plu.

A-t-il une signification spéciale, une histoire?
C'était juste un coup de foudre.

Si vous deviez renommer votre tableau, comment l'appelleriez-vous?
Première neige. J'ai déjà fait 2-3 autres tableaux sur la neige, mais les autres étaient pensés, travaillé, celui-ci était instinctif.

Si le mot hiver était un tableau, que représenterait-il?
Moi, l'hiver je le vois à la campagne, je ne le vois pas dans la ville. A la campagne, on le sent, on le touche, même quand il n'y a pas de neige. Quand il y a cette pluie fine ou tout est gris, c'est ça l'hiver. Mais il ne me viendrait pas à l'idée de faire dans le gris, moi j'aime les couleurs.

En quoi l'hiver influence-t-il votre peinture?
L'hiver je reste beaucoup plus dans l'atelier, je sors peu, donc je travaille beaucoup plus en hiver.

Quel est votre premier souvenir d'hiver?
Je suis italienne et je suis née à Alexandrie, en Egypte, et il n'y a pas de vrai hiver là-bas. Il pleuvait et quand il faisait 12-15°C c'était l'hiver. Quand on a du rentrer en Suisse, mon mari m'a dit on va faire un tour en bateau avant de descendre à Venise le jour de mon anniversaire le 3 janvier. Et j'ai bouclé mes années là-bas. La première chose que j'ai vue, il y avait de la neige par terre et des énormes sapins de Noël sur les places – en Egypte on faisait ça dans les maisons, pas sur les places – avec des boules de toutes les couleurs et cette neige qui était dessus. J'ai encore cette image fantastique dans ma tête. Je n'ai pas peint cette image car c'est plus une photo qu'un tableau. C'est ma 1ère impression d'hiver, "c'est pas pictural" comme dirait mon professeur.

La peinture, plutôt passion ou plutôt travail? Pourquoi?
C'est une passion, il y a des moments où j'ai pas envie et puis ça me prend et je ne peux plus m'arrêter. Je fais toujours ce que je ressens, je ne m'oblige pas. Quand j'ai assez de tableaux je fais une exposition, sinon je ne me torture pas pour ça, voilà.

Quand avez-vous commencé à peindre?
Tard, très tard. A l'école j'étais très bonne en dessin et puis il y a eu la guerre, mon mariage, les enfants… J'ai recommencé à m'occuper de dessin et peinture quand mes garçons ont quitté la maison pour aller étudier. Je me suis sentie seule, je ne savais pas quoi faire. Une amie m'a dit d'aller dans une classe de peinture, d'essayer, y'avait rien à perdre. Alors j'y suis allée et j'ai commencé comme ça, j'avais 50 ans.

A quelle fréquence peignez-vous? Tous les jours?
Ça dépend, ces temps-ci je peins presque tous les jours. Je me lève très tôt le matin, je m'enferme et je dis à mon mari de ne pas me déranger, de me laisser seule.

En tant que femme, pensez-vous avoir plus de difficultés à exposer qu'un homme? Vous sentez-vous moins bien reconnue artistiquement?
Je crois qu'un homme a… Je ne suis pas une commerciale, je n'arrive pas à promouvoir mes tableaux. Un homme sait le faire. J'ai un ami qui se met devant ses tableaux, chaque jour quand il expose, il dit qu'il faut savoir vendre. Moi je ne pourrais jamais faire une chose pareille. Les gens viennent, ils ont le coup de cœur, ça leur plaît, d'accord, mais s'il faut faire ça par force, ce n'est plus un plaisir, ni une joie, ni rien. Je ne suis pas commerciale pour un sous.

Avez-vous quelque chose à ajouter?
Je veux continuer à peindre jusqu'à la fin de ma vie.

Merci beaucoup.


Signé: Joanie Waelti (photos aussi)