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Les spectateurs venus assister lundi soir 16 septembre aux "Ecritures
de concert" ont sûrement été témoins
d'une première dans l'histoire de la poésie française
et de la musique. Ces deux courants artistiques se sont tutoyés,
complétés; ils se sont mutuellement inspirés
pendant une heure et demi sur la scène du Cargo: un piano
à queue et un pianiste (Malcolm
Braff), un trompettiste (Erik
Truffaz), un bureau, une plume et un poète (Joël
Bastard), puis, une toile géante, installée au fond
de la scène ainsi qu'un écran digital personnel
pour chaque artiste.
Le poète s'inspire de la musique de ses deux acolytes
pour tirer des aphorismes, des pensées brèves, de
la poésie en prose, mais surtout des mots, qu'il pose sur
sa feuille et que nous découvrons au fur et à mesure
sur l'écran en fond de scène. Ces mots vont, de
la même manière, inspirer aussi les musiciens. Truffaz
reste toujours aussi mystérieux, impénétrable;
le trompettiste donne un récital parfait comme à
son habitude. Malcolm Braff, originaire du Brésil mais
vivant en Suisse depuis plusieurs années, dirige le rythme
et l'ambiance de chaque morceau. Seul ou accompagné du
trompettiste, son jeu est enchanteur, il résonne parfaitement
entre les murs du Cargo bien rempli pour l'occasion.
Joël Bastard, poète français, nous conte les
notes de musique, nous dévoile ce que l'inspirent ces deux
instruments, performance totalement improvisée, sa plume
se ballade tranquillement sur la feuille, écoutant, se
laissant aller au bout de la laisse de son imagination, il pond
des phrases courtes, des métaphores : "Un ruisseau
qui vient de bien plus loin que nous, si je pointe mon doigt pour
dire là-bas, la distance ne suffit pas. C'est un ruisseau
qui vient de bien plus loin que nous". Il joue sur le jeu
de scène des musiciens aussi, avec humour lorsque Truffaz
s'approche de son oreille et y fait bourdonner sa trompette: "que
me veut cet insecte curieux?" et d'achever son texte d'un
trait de crayon sec, la fin du thème et la fin de l'insecte
également! Ou plus intimidant: "C'est sur le mur,
la vague que nous devons écrire. Que nous devons parler.
Au coin des vases s'entretenir. C'est sur le mur que nous devons
écrire pour tenter de l'effacer".
La qualité de la musique aurait inspiré le moins
achevé des poètes et ce poète rendit une
copie pleinement colorée de notes; belle union que peuvent
offrir les mots écrits lorsqu'ils se mettent d'accord et
de concert avec d'excellents musiciens. Cette expérience
originale fut très réussie et rien ne nous empêche
d'en faire autant chez nous avec quelques amis poètes et
musiciens.
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