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Let's get rich présenté sur l'arteplage du Jura
est un jeu de scène au service de notre réflexion, un
"mental clubbing" qui a été écrit et
mis en scène par Stephan Müller et joué par trois
personnages, Gilles Tschudi, Hanspeter Müller et Katharina von
Bock, qui sont à la fois acteurs et animateurs de cette soirée
où les spectateurs, bercés par les douces vagues du
lac de Neuchâtel et l'agréable musique d'ambiance menée
par le pianiste Raphaël Urweider, ont eu l'occasion de s'offrir
un jolie ronde lacustre aux abords des Galets et du Palais de L'Equilibre.
Let's get rich met en exergue le thème de l'argent,
qui est développé au travers de six chapitres sur nos
expériences de vie fondamentales, tels que l'enfance, l'amour,
le travail, la nourriture, la santé et la mort. Le décor
est presque nu, trois chaises et un grand écran où sont
diffusées les images d'une caméra se situant à
la proue du bateau, nous projetant directement à la surface
de l'eau, ou celles filmées en direct par les acteurs à
l'aide de leurs petites caméras numériques. Cette pièce
travaille avec trois langues dont une n'est malheureusement pas nationale;
l'anglais qui n'a aucunement sa place sur ce bateau alors que le français
ne se fera entendre que par intermittence dans des traductions rapides
et édulcorées. Reste la langue de Goethe, majoritairement
utilisée par deux des trois acteurs qui se lancent dans des
dialogues ou des soliloques incompréhensibles pour les romands.
Le premier thème abordé, l'enfance, raconte l'histoire
d'un garçon de 8 ans cible de toutes les colères de
ses camarades mais qui n'en deviendra pas moins adulte et indépendant
- un petit cerveau peut aller loin - le thème est complexe
et l'idée reste floue. Et on dérive sur l'amour: lui
ne veut pas être heureux tant qu'il y a de la détresse
dans le monde, elle veut être heureuse mais n'y arrive pas.
Lui veut qu'elle soit heureuse et elle veut que lui soit heureux:
impossible, donc les deux sont malheureux. Des questions pertinentes
et parfois pernicieuses: où est-ce que tu s'arrête et
moi commence? Comment expliquerais-tu l'amour à un enfant ?
- Je le vivrais. Jamais tu me regardes où je te vois ? - Cela
se justifie. Et le thème du travail: la honte de l'échec,
les gens pas à leur place, l'oisiveté, la création,
"Il me semble que je serai toujours bien là où
je ne suis pas" citant Baudelaire. Ils nous parlent du redimensionnement
national, ne pas oublier la chance et les privilèges que nous
avons dans ce petit pays mais savoir que la grande Suisse n'existe
plus. La nourriture: une petite collation, pain paillasse et beurre
maison, nous invite à connaître les produits consommés
régulièrement, mets naturels, apprendre à manger
ce que nous ne connaissons pas. Quant à la santé elle
précède de toute façon la mort, "pour éviter
la folie, il vaut mieux y faire face - regarder en arrière
est le premier signe de la vieillesse et du déclin". La
réflexion personnelle est omniprésente, les silences
sont longs, incitant à méditer sur chaque parole, Gilles
Tschudi - philosophe, comique et animateur - traduit en français
ou clarifie les textes obscurs avec une agréable aisance dans
la parole.
L'ensemble est un peu contagieux, on se prend légèrement
à vouloir réfléchir, penser, disserter, analyser,
mais la barrière des langues nous empêche d'y voir le
tableau net et précis des idées dévoilées
durant cette mise en scène somme toutes assez hermétique
où le rapport à l'argent n'est pas toujours très
clair.
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