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Dame Helvétie, honorable vieille dame, rêve de devenir
femme du monde sans jamais sortir de chez elle. Une allégorie
musicale rieuse et provocante, cantate satirique créée
pour Expo.02, elle y fait participer 230 musiciens, chanteurs et acteurs.
L'uvre marie les musiques populaires à de nombreux autres
styles, tels que le jazz, le classique, le jodle ou le rap. Cossue
de notes, la pièce l'est tout autant en rythmes dansants. Tango,
valse orientale et sarabande promettent une belle ronde universelle
à Dame Helvétie, à ses sept nains, à l'émigré
qui lui rend visite, comme au journaliste très particulier
qui tente de la comprendre.
- Notes d'un papillon Expo.02 !
Dame Helvétie (Agnès Perret - soprano) représente
la Suisse, la Suisse des clichés, la politique suisse, la Suisse
des traditions. Soutenue par quelques 230 artistes (musiciens, chanteurs,
acteurs) et six solistes, Dame Helvétie nous conte et nous
chante la Suisse comme on aime ou n'aime pas l'entendre, aidée
de ses sept nains toujours prêts à encenser la Suisse
pour parfaire son large ego. Une cantate satirique créée
pour Expo.02 qui se transforme vite en un tableau très original
et varié de nos murs, nos comportements, nos forces aussi.
Notre honorable dame, couverte du drapeau carré rouge à
croix blanche est sûre d'elle, arrogante, poigne de fer, elle
ne se laisse pas faire par le journaliste Guillaume Untel (Jean-Marc
Richard) qui sait tout mais qui aimerait quand même bien savoir
ce que pourrait peut-être savoir notre altière Dame qui
en sait sûrement un peu plus. C'est un journaliste, il est curieux,
mais la première Dame du pays reste méfiante et susceptible
quand on se frotte de trop près à son intimité
!
Pour la propreté suisse, aucune fourberie, on continuera à
fourbir, balai en main, on nous y reprendra toujours. Quant à
nos frontières bien gardées, on laisse rentrer, mais
surtout les riches ! La lenteur, on peut rien y changer, elle est
aussi précise que nos horloges et nos coucous. La différence,
on continue à la cultiver mais on a peur de la célébrer,
le bonheur grince quand il n'est pas partagé par tout le monde.
La Suisse voudrait-elle devenir comme les autres ? Vaut-il mieux le
conformisme à la singularité ? Il y a les idées
suisses, toujours aussi appréciées, mais si ces idées
vont trop vites et dépassent la Suisse, elles deviennent suicidées
! Et puis il ne faut pas trop tirer la langue, pardon, nos quatre
langues, héritage culturel oblige, sur ce, à vrai dire,
rien à redire. Et l'argent, les comptes, les banques ? Dame
Helvétie montre tout ou presque, le secret bancaire reste sacré,
intouchable. Et l'orchestre d'entamer une scottish - danse écossaise
car on les sait près de leurs sous - ou encore une valse pour
les comptes du Cheik, des comptes à trois temps qui s'enchaînent
faisant claquer les sous sans soucis. L'argent, on en a plein mais
c'est pas une raison pour ne pas faire d'économies nous informe
le nain chargé des finances. Soudain, Dame Helvétie,
inquiète, demande à l'Etat l'état de ses finances:
- Dans nos comptes propres, avons-nous de l'argent sale ? - Nous l'avons
mais lavons. Les interludes de rap, de rock ou de cor des Alpes nous
font agréablement digérer l'addition satirique parfois
un peu salée. Ensuite, jetons un coup d'il outre Sarine,
frontière invisible mais audible. Que choisir entre les patates
en robe des champs ou les röstis ? Mais faire sauter nos pommes
de terre de discorde c'est faire sauter notre rösti-graben. Et
dans les spécialités, il nous reste le müsli, le
bircher, le blocher.
Bien entendu, il y a aussi les étrangers, nos invités
de fin de soirée, ils sont deux: Tante Europe (Dorothée
Hauser - alto) et l'oncle Sam (Charles Ossola - baryton-basse). Les
deux n'ont pas les mêmes intérêts à venir
nous voir, l'un lorgne sur nos banques et leurs secrets, l'autre s'inquiète
de notre isolement, de nos frontières imperméables:
"la Suisse est bien trop belle pour rester pucelle et nous la
déflorerons!" clame Tante Europe. Mais Dame Helvétie
ne changera pas d'un iota, on ne dévoile rien, on ne cède
rien, on n'ouvre rien. L'Helvétie n'est pas encore prête
à devenir une femme du monde, et puis, comment être une
femme du monde quand si loin du monde on reste chez soi, quand on
est si bien chez soi.
Toutes ces pensées sont accompagnées par l'orchestre
(trois formations instrumentales), la chorale (cinq curs) et
les six solistes, ajoutant le jodler (Thierry Dagon - contre-ténor)
et sa fondue, l'émigré (Sylvain Jaccard - ténor)
cherchant inlassablement du travail entre nos montagnes.
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