Spencer Tunick, une fois de plus, une foule se déshabille
pour vous. Vous nêtes pas blasé?
Spencer Tunick: Après deux ans, je ressens de nouveau le
besoin de travailler avec des groupes moins grands. Auparavant,
mon art portait sur des foules de 1000 personnes et plus. Avec
150 modèles, je me rapproche davantage des visages.
La plupart des gens aurait pu rester à la maison ce
matin?
Au contraire, je me réjouis de leur présence. Mon
genre de performance reste tout de même difficile à
gérer. Cest la raison pour laquelle, je distribue
mes flyers moi-même à New York. Jaime savoir
combien de personnes viendront. Là, je sais que sur 2000
flyers, 100 personnes seront présentes.
Vous vous êtes spécialisé dans les "actes
de masse" au début des années 90
Cest un hasard! Je vis à Brooklyn et ma spécialité
était les portraits romantiques. Etant donné le
nombre élevé de demandes, jai décidé
un jour de les photographier tous ensemble. Le reste est venu
tout seul
sans aucune arrière-pensée de voyeurisme?
Non, pas quand je travaille dehors. Dehors, je me concentre sur
les poses de mes modèles, plus que sur des détails
spécifiques. Dans un atelier, ce serait différent.
Quand lespace est défini, on se concentre davantage
sur des parties du corps plus petites.
Vos "shootings" durent plus de deux heures. Comment
vos modèles supportent-ils les séances?
Il marrive de marcher et de dire à lattention
dun modèle: "toi, avec les cheveux bruns! Ça
ne vas pas comme ça!" Tout le monde rigole parce que
la majorité a des cheveux bruns. De temps à autre,
je discute de nimporte quoi, dun livre que jai
lu par exemple. Mais quand je passe à lacte, je suis
plus distant. Jessais de garder la discipline. Je ne crie
pas mais jappelle les gens.
Il y des gens qui trouvent que vos photos ressemblent à
lHolocauste.
Pour moi, un corps étendu dans la rue est aussi naturel
quun nénuphar sur leau. Si daucuns ne
voient quun camp de concentration, jaimerais leur
conseiller douvrir leur esprit. Cest alors quils
verraient aussi le Rwanda ou la Somalie. Ou quils se rendraient
compte que dans mes photos ils ne trouvent pas de morts. Peut-être
quils réalisent, que la vie est précieuse.
Cest une bonne chose.
Dans vos actes, est-ce que vous remarquez des différences
culturelles?
Ah, oui! Les Suisses se déshabillent parce quils
sont proches de la nature. Pour les gens au Chili, cétait
plutôt un acte politique, un mouvement de protestation.
Ils voulaient symboliser leur liberté en posant nu. Au
contraire des Finlandais qui le font parce quils ont une
tradition liée au sauna, cest un événement
social.
Vous êtes toujours satisfait du résultat?
Non, pas toujours. Mais je suis comme la mousse qui sétend
dans la forêt. Jévolue progressivement.
Quels sont vos projets?
Je rêve de faire voler 40 à 50 personnes
http://www.nerve.com/nudeadrift
http://www.spencertunick.com
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