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Le temps d'un rêve,
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Le public impatient attendit un peu plus que prévu au programme, ainsi put-il préparer son ouïe à ce qu'il allait écouter et que l'on promettait divin, en ce vendredi soir 5 juillet à notre désormais chaleureux et familier club Cargo sur l'arteplage de Neuchâtel. On attendait le trompettiste français et bientôt légendaire Erik Truffaz, qui devait être accompagné d'un trio basse/batterie/guitare afin de former ce fameux ladyland quartet qui finit majestueusement en noble quintet. Il apparut sur la scène, trompette à la main, simplement vêtu, présenta ses musiciens à un micro qui n'accomplit pas son office et commença à jouer, étant présent pour cela. Voilà, Manu Codja à la guitare, Philippe Garcia à la batterie et au mégaphone, et Michel Benita à la contrebasse électrique me sembla-t-il, du moins son son l'était électrique. Truffaz achevait le tout avec sa trompette. Les premières notes et le premier rythme balancé diffusèrent instantanément un mélange d'influences musicales très diverses, ce qui est de moins en moins une particularité, mondialisation oblige. Une entente très travaillée entre les quatre musiciens, même si Truffaz laisse une totale liberté aux trois autres et que l'improvisation partagée est l'atout principal de leur jeu, est l'aboutissement de sons joliment assemblés et de gammes encore inexplorées pour la mélodie et des modèles rythmiques incompréhensibles pour qui tenta de les décortiquer, mêlant tempos modernes ultras-rapides, syncopes sur-syncopées permanentes, séquences rythmiques s'étirant sur de longues secondes et qui s'agrémentaient encore de changements d'émotion et d'énergie réussis. Le batteur, comme ses acolytes, maîtrisait tout simplement son instrument à la perfection, ce qui devait témoigner d'une discipline de travail à louer. Revenons un peu sur l'homme de la soirée, Erik Truffaz, qui depuis son deuxième album The Dawn sorti sur le renommé label Blue Note en 1998 apparaît au grand public comme un artiste majeur du jazz européen. Avec son quartet créé en 1991, il distille du jazz, de la drum'n'bass, du hip-hop et du funk entouré de ses trois musiciens helvétiques: Patrick Müller au piano, Marcello Giulliani à la contrebasse et Marc Erbetta à la batterie (ceux-là mêmes que l'on ne retrouvera pas au Cargo). 1999, nouvel album Bending New Corners, même succès, mêmes musiciens, un ouragan de fraîcheur et de virtuosité souffle sur le monde du jazz et qui touche aussi New York, la capitale. Eric Truffaz, dans une entrevue donnée à une radio parisienne après la sortie de ce nouvel opus, dira que le 80% de l'album est de l'improvisation et que la création vient de sa base rythmique basse/batterie ou de lui et son pianiste ou tout simplement de la lumière spontanée et du génie des quatre. La leçon est simple pour les néophytes: jouons et regardons le résultat, cependant il est rare que cela se termine par une musique aussi raffinée que le Truffaz quartet. Le trompettiste a des influences rock comme Led Zep, blues avec Jimi, jazz moderne ou plus classique et bien entendu celle de son défunt aîné, l'incontournable Miles Davis à qui on le compare souvent, ce qui le flatte, bien entendu. Il dit sans orgueil qu'il joue peut-être ce que Miles aurait joué à notre époque s'il avait été encore de ce monde, et nous ne le contredirons pas. Le trompettiste français écoute et joue beaucoup de styles musicaux différents, ce qui est bien souvent la force des grands musiciens. Il acceptera de jouer avec quiconque est capable d'insuffler de l'intensité à sa musique; émotion et énergie, son tandem magique, sur lequel il développe ses "ambiances" comme il aime à le répéter. Et justement ce soir-là au Cargo, accompagné de ces nouveaux musiciens avec lesquels il joue depuis septembre dernier, le trompettiste et son ladyland quartet crée superbement les ambiances. Le répertoire et l'expérience de la formation nous étonnent puis nous éblouissent à chaque fois, toujours innover, surprendre, rechercher l'inouï, travailler la pureté du son, régler des tempos modulables et élastiques, ou tout simplement laisser la place à cet épatant bassiste, Michel Benita qui, aidé de son zip séquenceur, provoque l'auditoire en proposant une première ligne de basse que nous acceptons immédiatement. Enregistrée sur son engin invisible, elle continue de tourner en boucle pendant qu'il en compose déjà une deuxième par-dessus la première, et ainsi de suite, toujours enregistrées et bouclées créant l'harmonie, la complexité, la rondeur du son qui apaise et qui rejoint les vibrations du coeur d'un public nullement écoeuré; interlude sublime. Et puis, je vous parlais de ce cinquième personnage plus haut qui vint troubler notre quartet, Mounir Troudi, un chanteur raï devant lequel Truffaz resta en admiration lors d'un festival. Il entonna ses chants berbères d'une voix troublante, étirant infiniment les syllabes pour nous transporter au-delà du soleil, puis laissant la place périodiquement à un rayon, le guitariste, qui ensola l'assemblée de tirés de cordes, d'accords enchaînés rapides et de gammes abracadabrantes. D'inspiration hendrixienne, son jeu mélangeait sonorités arabes avec des gammes blues classiques. Voilà pour ce fieffé quintet! Pour tous ceux qui se sont régalés le cinquième CD de Truffaz est parut aussi chez Blue Note en 2001 sous le titre Mantis avec ces mêmes musiciens et une brève apparition du chanteur Troudi. Les chansons restent beaucoup plus jazz classique avec beaucoup moins d'envolées rythmiques et mélodiques qu'en live. C'est un disque à écouter tranquillement, à apprivoiser petit à petit. Mais les oeuvres plus difficiles à consommer vieillissent avec beauté! |