Fête de la musique sur l'Arteplage de Neuchâtel

Pour l'événement musical français qui aime à s'exporter partout et notamment en Suisse, l'Expo l'avait joué portes ouvertes et la Fête de la Musique 2002 envahit l'arteplage neuchâtelois et la place du port en ce vendredi soir estival du 21 juin. Deux concerts très attendus eurent lieu sur la grande scène de l'arteplage dès les premières heures de la nuit. Le site était bien peuplé et le feu partit très vite dans le publique venu voir deux grosses pointures de la scène musicale suisse.

Pour ce premier concert, la formation de funk lausannoise "A Few Good Men" dynamita la ville de Neuchâtel pour la seconde fois en quelques semaines, après son brillant passage en mai passé à la Case à Chocs. Composé d'une douzaine de musiciens, ce groupe nous a fait vibrer avec ses tempos en syncope et ses sonorités toniques et pétillantes, distillées naturellement sur un public bien vite conquis non seulement par la qualité de la musique proposée mais aussi par l'enthousiasme dégagé par des musiciens heureux de faire partager leur talent et leur métier.

Ils donnèrent leur cœur et leurs tripes pour enrhumer nos cerveaux des sons les plus grooviques; de nombreux clins d'œil à James Brown, une cadence de son métronomique, des musiciens virtuoses, deux chanteurs principaux complétant le tonus et l'énergie imprimés par leur acolytes, une troisième voix secondaire décalant l'osmose des deux premières, et voilà tout le public qui bougeait aux mêmes vibrations dans une caisse de résonance surprenante bien que le chapiteau carré de la grande scène soit ouvert sur ses trois côtés et permette une évaporation du son facilitée, la qualité des amplis gomma cette ouverture somme toute indispensable et qui enchante notamment les plus éloignés de la scène.

La grosse cylindrée rutilante de funk fut suivie du groupe neuchâtelois "The Moonraisers"; une formation locale s'activant depuis dix ans pour proposer un reggae mélodique, suave, pacifique, agrémenté de toutes les sonorités des musiques du monde capables de bonifier l'ensemble de leur son.

Emmené par le génial leader Jaba, ce combo composé de huit musiciens accompagna durant plus d'une heure et demi le vent d'une mélodie venue de très loin, de là-bas sur la lune que l'on pouvait admirer d'ailleurs presque pleinement dans le ciel de l'Expo en ce vendredi soir. Les morceaux s'enchaînèrent parfaitement, Jaba au chant et à la guitare rythmique, caressant le jembé parcimonieusement aux bons moments, Fernando ronflant ses rondes lignes de basse, nous offrant une performance pulmonaire avec son didgeridoo et accompagné du percussionniste et du batteur dont l'entente et l'imagination rythmique n'est plus à louer. Ils enveloppèrent la foule dans une atmosphère tribale, nous envoyant l'image sonore de nos racines et de la nature.

On attendait des délires guitaristiques lunaires et on les a lumineusement eu avec Dr Ghost, déroulant à la vitesse lumière ses doigts sur le manche de sa six cordes, d'un phraser subtil, il démontra simplement que le reggae venait du blues et que poser des solos à la BB King sur des rythmiques cardiaques coulait harmonieusement de source. La section de cuivre faite de deux personnages dansant et le synthé armait et achevait l'ossature d'une équipe très professionnelle qui nous dévoilèrent, ce soir là, le charme des cratères d'un sol devenu, à première vue, moins hostile à nos yeux.

Merci Messieurs !


Signé: Fabien Purro