Madonna: "Mon enfant, mon amour!"

Sa fille, Lourdes Maria, lui a appris la patience. Sereine et épanouie, la star nous accueille chez elle, à New York. Exclusif.

Loin des folies et du soleil de la Californie, Madonna habite dans un immeuble bourgeois d'Upper Central Park West, le quartier chic de Manhattan. Un gardien surveille l'immense hall du bâtiment tandis que s'affairent plusieurs employés de maison. Lorsque son assistante ouvre la porte, j'entends Madonna fredonner dans l'une des pièces voisines. Elle tente d'endormir sa petite Lourdes Maria, 2 ans et demi, qu'elle appelle tendrement Lola. "Maman, quand est-ce qu'arrive papa?", demande l'enfant. "Lorsque tu auras terminé ta sieste", répond sa mère. Pour cette rencontre exclusive, Madonna nous reçoit dans son salon mauve pastel, décoré par des toiles de maîtres. Bon goût et discrétion. Rien à voir avec les excentricités qui ont contribué à la réputation de la star. Des fenêtres du cinquième étage, on a une vue parfaite sur le haut des arbres de Central Park. "Bonjour, j'espère que je ne vous ai pas trop fait attendre"; déclare-t-elle en entrant dans la pièce. Très peu maquillée, vêtue d'un jogging noir et d'un petit bustier rouge, la chanteuse est détendue et souriante.

- Votre maison est décorée de toiles de Dali, Léger et Lempicka. Les avez-vous choisies vous-même?
- Madonna: J'ai un excellent marchand d'art qui m'a trouvé ces merveilles. La peinture est mon jardin secret et ma passion. En fait, c'est ma récompense et mon péché mignon. Dès que j'a commencé à gagner de l'argent, j'ai investi dans l'art. Financièrement, c'est d'un excellent rapport, et cela vous donne quelque chose de somptueux à admirer tous les jours.

- Est-ce que votre fille apprécie ces tableaux?
- J'essaie de les lui expliquer, et elle est passionnée par certains d'entre eux. Son préféré se trouve dans ma chambre. C'est une peinture qui s'appelle "The King of the Black Aisles". Elle représente un roi assis sur son trône, la tête baissée en train de pleurer. Lola me demandait constamment pourquoi il pleure. J'ai inventé une histoire. Je lui ai expliqué qu'il était triste parce qu'il n'y avait plus d'eau sur la planète. Depuis, chaque fois que quelqu'un vient à la maison, elle l'emmène dans ma chambre pour voir ce tableau et elle lui explique qu'il pleure car il n'y a plus d'eau. Et puis elle ajoute: "Il ne devrait pas être triste car un jour il va pleuvoir et l'eau sera de retour." Son imagination est fabuleuse.

- Vous êtes l'invitée d'émissions de variétés en France. Vous aimez vous exprimez en français?
- Il n'y a qu'une phrase que je connaisse par coeur dans votre langue: "Vive la France." Pour le reste, j'ai beaucoup oublié, car je fréquente moins de Français qu'auparavant. Lorsque je travaillais avec Jean-Baptiste Mondino (designer), puis lorsque je voyais Jean-Paul Gaultier (couturier), nous parlions français, mais cela fait longtemps. J'adore aller en Europe et j'y ai passé deux semaines pour promouvoir mon album "Ray of Light". J'aimerais avoir le temps de passer une semaine dans chaque capitale européenne pour me balader et visiter d'avantage. Malheureusement, les émissions de variétés s'enchaînent, et je change de ville tous les deux jours.

- Votre fille vous a-t-elle suivie en Europe?
- Bien sûr. Elle m'accompagne partout. Lola adore les voyages. L'année passée elle a visité le Musée du Louvre pendant que j'étais en train de répéter pour une émission de télé. Je pense qu'elle a une âme de gitan comme moi. J'adore Paris, ce véritable bijou d'architecture. J'ai aussi visité Saint-Germain-en-Laye et j'en garde un fabuleux souvenir. Etant Américaine, je ne pourrais pas imaginer me réveiller tous les matins dans un environnement aussi grandiose. A New York, il n'y a que cinq superbes immeubles, dont celui-ci.

- Envisagez-vous de vivre en Europe?
- Oui, à Londres lorsque Lola sera en âge d'étudier. Mon rêve serait de vivre au bord de la Tamise, d'emmener ma fille dans une école anglaise et de prendre le train tous les week-ends pour lui faire découvrir les musées de Paris.

- D'habitude, lorsque Madonna veut quelque chose, elle se débrouille pour l'obtenir. Pourquoi appeler cela un rêve?
- S'installer en Europe n'est pas une décision facile à prendre. L'Amérique reste mon pays, et, malgré son manque de culture, on y ressent une grande sensation de liberté, que l'on ne retrouve pas ailleurs. N'importe qui peut réussir en Amérique si l'on s'en donne vraiment les moyens.

- Quels sont vos plus grands désirs?
- J'ai envie de tourner un film qui me passionne autant que "Evita". J'en ai refusé plusieurs l'année passé qui n'étaient pas aussi bon ou aussi forts que je le souhaitais. Après avoir travaillé avec Allan Parker, je ne veux pas m'impliquer dans un long métrage si je ne suis pas totalement passionnée par le sujet. Lorsque vous avez conduit une Rolls Royce, vous ne voulez plus monter dans une Volkswagen.

- Madonna a toujours été une bête de travail. Vous semblez plus sereine aujourd'hui. Qui vous a appris la patience?
- Mon enfant. Lorsque je suis devenue maman, j'ai rapidement appris la maîtrise de moi. Vous ne pouvez plus vous précipiter et agir sur un coup de tête avec un bébé dans les bras. Mes erreurs ont toujours été le résultat de coups de tête. Je ne veux pas vous donner d'exemple, mais ce que je considère comme mes ratés sont des décisions que j'ai prises trop vite et sans réfléchir.

- Aujourd'hui vous êtes maman, vous sentez-vous comblée?
- Epanouie, même s'il me manque toujours quelque chose dans ma vie. J'aimerais faire partie d'un cirque, apprendre à peindre et vivre en Europe. Tout cela relève du domaine des fantasmes, mais la vie est longue, et je pense que j'aurai le temps de les assouvir. J'aimerais aussi chanter de l'opéra italien et j'ai très envie de visiter l'Opéra Garnier de Paris. Je suis obsédée par Maria Callas et j'écoute tout ce que je trouve à son sujet.

- Pourquoi ne pas tourner un film sur sa vie?
- Mon nez n'est pas assez gros. (Elle éclate de rire.) J'y ai sérieusement pensé, car il y a un projet en préparation sur la Callas, mais je ne pense pas être parfaite pour ce rôle. Il est très dur de faire une adaptation sur la vie d'une telle légende, et il est important de trouver la bonne personne pour cela. En fait, je serais plutôt attirée par la vie d'Edith Piaf. J'adorerais l'incarner à l'écran. Parmi mes projets secrets, je pense aussi souvent à Mistinguett. Je me verrais bien dans ce rôle. Voilà une belle histoire et une vie tragique. Mais je connais mieux Edith Piaf, car j'ai écouté tous ses disques et j'ai beaucoup lu sur sa vie.

Une main, une montre
Pour sa nouvelle campagne mondiale, lancé en octobre 1998, Ebel a chosi de montrer... les mains de Madonna et de sa fille, ainsi que celles d'Harrisson Ford. Sans que le visage des deux stars n'apparaissent jamais, huit images laissent deviner leur personnalité à travers les différentes montres qu'elles arborent. Une démarche originale signée du photographe Hans Gissinger.


Propos recueillis par Henry Arnaud, New York